Mardi 6 octobre 2026
Entretiens

Jose Couceiro revient sur la Lituanie : le miracle roumain, les tensions avec Romanov et une génération dorée

par Mantas Aliukonis

Nous proposons à nos lecteurs un entretien avec le légendaire spécialiste portugais Jose Couceiro, qui a travaillé en Lituanie entre 2008 et 2010. Durant son passage dans le pays, l’ancien entraîneur, également directeur technique et vice-président de la Fédération portugaise de football, a conduit la sélection lituanienne vers des sommets rarement atteints avant ou depuis. À l’automne 2008, la Lituanie est montée jusqu’à la 37e place du classement FIFA, donnant à ses supporters l’espoir réel de voir le football lituanien progresser.

Mais cette histoire avait commencé dans des circonstances bien différentes. Avant la trêve internationale, nous avons rencontré l’un des entraîneurs étrangers les plus respectés à avoir travaillé dans le football lituanien. Couceiro, qui a également été président de l’Union portugaise des footballeurs professionnels, revient sans détour sur ses premières impressions de la Lituanie, son passage mouvementé au FBK Kaunas, la période mémorable vécue avec la sélection, la victoire historique contre la Roumanie et les anciens joueurs avec lesquels il est toujours en contact aujourd’hui.

Quel est votre premier souvenir de votre arrivée en Lituanie ?

Quand je suis arrivé en Lituanie, en 2008, j’ai été choqué par les conditions. Je me suis dit : « Non, je ne veux vraiment pas être ici. » Mais au bout de dix ou quinze jours, j’ai changé d’avis et je suis donc resté à Kaunas.

Qui vous a fait venir en Lituanie ?

M. Vladimir Romanov. Notre accord prévoyait que j’entraîne à la fois le FBK Kaunas et la sélection lituanienne. Cependant, par la suite, ma relation avec M. Romanov s’est détériorée et j’ai continué à travailler uniquement avec la sélection.

Quel souvenir gardez-vous de votre passage au FBK Kaunas ?

J’ai toujours connu des situations difficiles et conflictuelles avec mon supérieur direct, M. Romanov. Il est devenu impossible de continuer à travailler au club. Les conditions à Kaunas étaient également assez mauvaises. Oui, nous avons battu les Glasgow Rangers, mais c’était presque un miracle, car ils étaient largement plus forts que nous.

Romanov vous a-t-il proposé d’entraîner le club d’Édimbourg Hearts ?

Oui, il m’a proposé d’entraîner Hearts, mais à ce moment-là, je ne voulais plus avoir de relation avec M. Romanov.

Quel souvenir gardez-vous de votre passage à la tête de la sélection lituanienne ?

Écoutez, il est impossible de gagner des matches sans bons joueurs. Oui, il faut un bon entraîneur, mais si vous n’avez pas de bons joueurs, vous ne gagnerez jamais. C’est la première chose.

Ensuite, nous avions un très bon groupe et c’étaient de très bons hommes. Je n’oublierai jamais Tomas Danilevičius, Marius Stankevičius, Andrius Skerla, Žydrūnas Karčemarskas, que j’ai ensuite fait venir travailler avec moi en Turquie, et Deividas Česnauskis. C’étaient tous de bons joueurs et de très bons garçons. Sans leur contribution, il aurait été impossible de gagner. Tout le mérite revient aux joueurs.

Edgaras Jankauskas m’a beaucoup aidé parce qu’il parle couramment portugais. Plus tard, je l’ai également emmené avec moi au Lokomotiv Moscou. Je n’ai jamais oublié aucune de ces personnes. Si vous vous souvenez, nous avions des joueurs qui évoluaient en Italie, en Russie et en Pologne. C’est important. La différence se fait lorsque vous avez des joueurs qui évoluent à un bon niveau.

Le début des qualifications pour la Coupe du monde 2010 a été exceptionnellement réussi. Vous avez battu la Roumanie 3-0 à l’extérieur. À quoi pensiez-vous à ce moment-là ?

À cette époque, j’ai modifié le modèle de jeu de la sélection pour adopter un style plus offensif. Au milieu, j’ai placé Deividas Šemberas en position de numéro six. Je voulais que Deividas joue avec le ballon, qu’il crée et contrôle nos attaques, plutôt que d’être simplement un joueur défensif.

Le fait d’entretenir une bonne relation avec les joueurs a été l’une des principales raisons de notre réussite, car j’ai changé certains postes et ils ont accepté ces changements. Nous jouions en 4-3-3, nous contrôlions le ballon et nous faisions la différence.

Vous me parlez du match contre la Roumanie. Pourquoi était-il particulier ? Parce que la Lituanie a joué la Roumanie les yeux dans les yeux. La Lituanie n’a pas joué avec l’idée d’attendre, de marquer un but puis de fermer le jeu. Non. La Lituanie a joué pour gagner dès le début.

Après notre premier but, j’ai dit aux joueurs : « Nous devons marquer un autre but. Nous devons marquer un autre but ! » Car si nous n’en avions pas inscrit un autre, peut-être que nous n’aurions pas gagné le match.

Nous devions marquer le deuxième puis le troisième but, et non protéger notre avantage de 1-0 en faisant entrer un autre joueur défensif. À ce moment-là, les joueurs croyaient pouvoir gagner. Ils pensaient pouvoir jouer les yeux dans les yeux avec la Roumanie. Mais le plus important, c’étaient les joueurs, et tout le mérite leur revient.

Coach, quel était généralement votre plan de match avant les rencontres ?

Nous préparions toujours l’équipe pour gagner le match. Pas pour faire match nul, mais pour gagner. Bien sûr, chaque rencontre était différente. Si les joueurs croient pouvoir gagner et bien jouer, alors vous avez évidemment davantage de chances de l’emporter. Il faut d’abord préparer les joueurs psychologiquement. Ensuite, on les prépare tactiquement.

Il est également très important que les joueurs comprennent les tactiques et le modèle de jeu du match. Ils doivent comprendre ce que l’entraîneur attend d’eux. Mais on ne peut jamais prévoir exactement ce qui va se passer pendant une rencontre.

Les entraîneurs peuvent parfois sembler mystérieux. Aviez-vous des secrets ?

Il n’y a pas de secrets. Vous préparez l’équipe à toutes les situations possibles, mais vous avez besoin de temps pour travailler avec les joueurs. J’ai travaillé avec ces joueurs pendant dix mois au maximum, ce qui n’est pas beaucoup.

Vous avez également toujours besoin de nouveaux joueurs, car plus vous en avez, plus vous disposez d’options pour les matches. Je me souviens avoir vu Arvydas Novikovas lors d’un match des moins de 21 ans et, chaque fois que je le pouvais, je le convoquais en équipe première. Il faut toujours de nouvelles solutions. Vous vous souvenez peut-être que j’avais également appelé Linas Pilibaitis.

Linas Pilibaitis jouait encore au football il y a peu malgré son âge, avant de prendre sa retraite à 39 ans…

Je sais qu’il a joué longtemps. J’étais également présent à la finale de la Coupe de Lituanie à Kaunas, en 2023, lorsqu’il a joué. Mais il faut toujours intégrer de nouveaux joueurs à la sélection. Sinon, il n’y aura pas de continuité. Il faut regarder l’ensemble : le staff, les joueurs et les supporters, car les fans sont une partie importante du jeu.

Je n’oublierai jamais les Lituaniens présents à Cluj, en Roumanie, en 2008. Ils ont aidé la sélection lors de ce match, et c’est très important. Le lien entre les joueurs et les supporters est extrêmement important. Mais vous devez comprendre que cela vient de ma formation footballistique et des connaissances acquises au Portugal. Dans un autre pays, les choses auraient peut-être été faites différemment.

Quel est votre souvenir le plus heureux lié au football lituanien ?

Probablement le fait d’avoir célébré la victoire contre la Roumanie au milieu du terrain avec les joueurs.

Avec quels anciens joueurs avez-vous encore une relation étroite ?

Jankauskas, d’abord. Mais aussi Tomas Danilevičius, Deividas Šemberas, Marius Stankevičius et Mindaugas Kalonas. Nous échangeons des messages ou nous nous parlons au téléphone.

Mindaugas Kalonas était à l’époque l’un des joueurs les plus doués techniquement et les plus talentueux que la Lituanie ait connus…

Kalonas était parfois un peu fou ! Mais à cette époque, j’ai parlé avec Edgaras Jankauskas et je lui ai demandé de discuter avec Kalonas.

Edgaras était comme son grand frère. Kalonas l’écoutait et Edgaras pouvait le calmer.

Que pensiez-vous de Kalonas en tant que joueur de la sélection ?

Kalonas n’était pas rapide. À mon avis, Kalonas devait jouer dans l’axe, pas sur la ligne, pas comme ailier. Il devait évoluer plus au centre. Mais techniquement, c’était un très bon joueur. Kalonas a inscrit le dernier but contre la Roumanie.

Jankauskas n’a pas beaucoup joué sous vos ordres…

Bien sûr. Edgaras approchait déjà de la fin de sa carrière, tandis que Tomas Danilevičius jouait extrêmement bien à cette époque. Tomas était meilleur que Jankauskas à ce stade.

Quelle est votre relation avec Edgaras Jankauskas aujourd’hui ?

Tout d’abord, c’était un bon joueur. C’est un bon entraîneur. Mais surtout, c’est un très bon ami, proche de moi.

Votre relation avec la Fédération lituanienne de football n’était pas aussi étroite…

Vous savez, c’est la vie. Ces journées de 2008 étaient magiques, mais la fédération de football n’avait pas la passion nécessaire, car nous avions besoin de temps. Nous avions besoin de temps. Il est impossible de commencer à travailler et de gagner immédiatement chaque match. Je me souviens que nous avions beaucoup de problèmes et beaucoup de questions, mais c’est normal dans le football. Les problèmes sont normaux. Il faut trouver des solutions. Malheureusement, notre relation avec la fédération était difficile et tendue.

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