Les Lituaniennes ont gagné le droit à une plus grande scène. Peuvent-elles attirer un public plus nombreux ?
par Raphaël Bedani
La Lituanie reçoit la Suède à Kaunas le 9 octobre pour son premier barrage de qualification à la Coupe du monde féminine, avec une entrée gratuite et une campagne construite autour de l’événement, la fédération cherchant à transformer les progrès sportifs en un soutien plus large.
L’équipe nationale féminine de Lituanie a terminé la phase de groupes des qualifications pour la Coupe du monde 2027 en juin avec 11 points en six matches, à la première place, et atteint les barrages pour la première fois. Cette même campagne lui a permis de monter de la Ligue C à la Ligue B pour le prochain cycle de la Ligue des nations féminine de l’UEFA. Ces résultats lui ont offert une double confrontation face à la Suède, médaillée de bronze à la Coupe du monde 2023, un défi sportif de taille pour l’équipe et une occasion pour la Fédération lituanienne de football de la présenter à un public plus nombreux.
Un tournant qui dépasse le cadre d’une soirée
La promotion et le barrage offrent à la Lituanie deux formes de progression différentes : la confrontation avec la Suède crée un événement immédiat autour duquel la fédération peut bâtir une campagne, tandis que la Ligue B propose quelque chose de moins spectaculaire, mais potentiellement plus durable, avec des matches réguliers face à des adversaires plus solides lors du prochain cycle de la Ligue des nations. Cela ne garantit pas une progression, mais modifie les exigences compétitives auxquelles sera confronté le groupe au-delà d’une seule rencontre très médiatisée.
La présence de la Suède dans cette confrontation s’explique par la structure des qualifications : elle a intégré le tirage au sort en tant qu’équipe tête de série de la Ligue A, tandis que la Lituanie s’est qualifiée via la Ligue C. Le vainqueur accédera au deuxième tour des barrages, sans qualification directe pour la Coupe du monde.
L’écart est important et la LFF n’a pas cherché à le dissimuler. Son président Edgaras Stankevičius a reconnu la difficulté du match, tout en fixant un objectif ambitieux en dehors du terrain : remplir le stade. La Lituanie sera jugée sur sa capacité à rivaliser avec la Suède, et la fédération a l’occasion de montrer l’ampleur du soutien qu’elle peut mobiliser autour de l’équipe.
Ce que l’entrée gratuite peut révéler
Stankevičius a présenté la gratuité comme une mesure d’accessibilité destinée à permettre aux supporters de toute la Lituanie d’assister au match. Supprimer le prix du billet lève un obstacle, mais ne règle ni le coût du déplacement jusqu’à Kaunas, ni les contraintes liées à un coup d’envoi le vendredi soir, ni la nécessité d’informer les spectateurs potentiels de la tenue de la rencontre.
Le nombre d’invitations réclamées ne dira pas toute la vérité non plus : les inscriptions indiquent l’intérêt initial, tandis que l’affluence montre combien de personnes sont effectivement venues. Aucun de ces chiffres, pris isolément, ne permettra d’établir si l’équipe a gagné des supporters réguliers. C’est important, car une invitation gratuite n’entraîne aucune perte financière en cas de non-utilisation. Une demande rapide serait encourageante, mais sa portée dépendrait du nombre de places disponibles et de la manière dont elles ont été distribuées.
L’annonce ne précise ni le nombre d’invitations disponibles, ni la limite par personne, ni l’éventualité d’une distribution en plusieurs phases. Sans ces éléments, toute affirmation de guichets fermés devra être interprétée avec prudence. La comparaison la plus utile portera sur le nombre d’invitations distribuées et le nombre de personnes ayant franchi les tourniquets. Pour déterminer si cette rencontre a élargi le public de l’équipe, il faudra également mettre ces chiffres en regard de l’affluence des précédents matches à domicile.
Au-delà des tourniquets
La fédération promeut le match sous le slogan « Lietuvaitės kuria istoriją », qui signifie « Les Lituaniennes écrivent l’histoire », avec une fan-zone, des animations, de la restauration et un programme prévu dans le stade. Ces éléments donnent aux spectateurs davantage de raisons de venir que le seul match de football. Pour ceux qui assisteront pour la première fois à une rencontre de l’équipe nationale féminine, l’expérience autour du match pourrait peser dans leur décision de revenir.
Une fan-zone ne constitue pas à elle seule un plan pour fidéliser les supporters, et l’annonce n’explique pas comment la fédération compte transformer l’affluence d’octobre en intérêt pour les prochaines rencontres de l’équipe nationale ou pour le football féminin national. Le stade accueillera également la finale de la Coupe de la LFF entre Kretingos Minija et Kauno Žalgiris le 11 octobre, plaçant Lituanie-Suède au début d’un week-end de football plus large à Kaunas. Un cadre commun, mais pas nécessairement un public commun.
Le résultat au-delà du score
Le mois d’octobre montrera comment la Lituanie résiste à la Suède et combien de supporters viendront assister au match. Il faudra en revanche davantage de temps pour déterminer si l’événement aura permis de créer un public durable. La fédération dispose d’une véritable réussite à mettre en avant, la gratuité facilite l’accès, et l’adversaire comme le stade donnent une visibilité supplémentaire à la rencontre. Il lui revient désormais de donner aux spectateurs venus pour la première fois une raison de revenir.