par Mantas Aliukonis
Le champion d’A Lyga 2023 continue de s’éloigner des premières places du championnat. Après sept journées, une 7e place est très loin des attentes d’avant-saison, surtout pour un club qui avait affiché un objectif clair – décrocher l’Europe.
Après sa dernière défaite contre Džiugas Telšiai, Panevėžys compte désormais 11 points de retard sur le leader du championnat et champion en titre, Kauno Žalgiris. Pour un club considéré parmi les cinq plus gros budgets de la ligue, ce n’est pas seulement un mauvais départ – c’est un échec structurel.
Même le changement d’entraîneur pendant la trêve internationale n’a pas apporté un nouvel élan. L’Allemand Roland Vrabec a été remplacé par le technicien finlandais Toni Korkeakunnas, mais le nouveau coach découvre encore l’effectif, et l’adaptation demandera du temps – un luxe que les clubs ambitieux ne peuvent tout simplement pas se permettre.
En même temps, ce changement d’entraîneur soulève lui-même des questions gênantes. Pourquoi Vrabec n’a-t-il pas été écarté immédiatement après la saison dernière ? Pourquoi le club a-t-il attendu que la situation se dégrade déjà ?
La stratégie de communication du club – ou plutôt son absence – est tout aussi préoccupante. Panevėžys reste fermé, évite les échanges avec les médias officiels, alors même qu’il fonctionne avec l’argent du contribuable via un financement municipal. Cela reflète un problème plus large du football lituanien, où le soutien financier est souvent lié à la proximité politique, et où l’ensemble du système ressemble à un modèle dépassé qui décourage l’investissement privé. Le football n’est pas le sport numéro un en Lituanie, et y investir ne garantit pas un retour en termes d’image – au contraire, l’échec exige souvent un apport financier encore plus important.
La question devient inévitable : quel type de communauté le club cherche-t-il à construire s’il continue de suivre des schémas de gouvernance dépassés – en évitant la transparence, en se tenant à distance de ses supporters et en reproduisant des modes de gestion associés à des échecs passés ?
Un tournant majeur dans le déclin de Panevėžys est intervenu après le départ de Deividas Česnauskis à l’issue de la saison historique du titre en 2023. Son rôle dans la structure du club, même s’il n’était pas toujours formellement défini, était crucial. Son départ a laissé un vide.
Au départ, la saison suivante avait été présentée comme une simple « gueule de bois » après le succès. Mais avec le recul, il apparaît clairement que des problèmes plus profonds étaient déjà présents. Plusieurs signes indiquent que certaines personnes au sein du club n’ont pas été correctement récompensées ou valorisées après la campagne du titre. Que ce soit en raison d’ambitions personnelles ou de désaccords internes, des relations se sont dégradées – et dans certains cas, ont simplement été rompues.
Le silence des deux côtés ne fait qu’alimenter les spéculations. Était-ce une question de primes promises jamais versées ? De politique interne ? De mauvaise gestion ? Les réponses restent cachées.
La construction de l’effectif fait également l’objet de lourdes interrogations. Pour la deuxième saison de suite, Panevėžys ne ressemble pas à une équipe unie. Selon des sources proches du club, le vestiaire est en réalité scindé en deux groupes – joueurs locaux et légionnaires étrangers – qui fonctionnent séparément au lieu de former un bloc cohérent.
Plusieurs décisions renforcent cette impression. L’attaquant serbe Pavle Radunović, l’un des joueurs les plus productifs de l’effectif (six buts et deux passes décisives à mi-saison), n’a pas été conservé. Ariagner Smith, en revanche, est peut-être resté dans la structure plus longtemps qu’il n’aurait dû, alors que sa courbe de performance et sa motivation déclinaient clairement.
Le départ de Domantas Vaičekauskas, l’un des jeunes milieux défensifs les plus prometteurs de Lituanie, a lui aussi de quoi interroger. Joueur local, formé dans le système du club, il aurait pu former un solide duo au milieu avec Matas Ramanauskas. À la place, Panevėžys a choisi de faire venir Ernestas Burdzilauskas en prêt depuis Kauno Žalgiris.
En prenant un peu de recul, le déclin de Panevėžys devient plus facile à comprendre. L’équipe championne en 2023 s’était construite sur des fondations déjà existantes. Une fois les joueurs clés partis, le club n’a pas réussi à bâtir quelque chose de nouveau – non pas par manque d’ambition, mais par manque de structure et de personnes capables de le faire.
L’absence de Česnauskis reste centrale. On ignore encore ce qui a exactement provoqué la rupture. Les deux camps restent silencieux, mais il est clair que quelque chose de fondamental s’est cassé.
Pendant ce temps, l’ancien entraîneur Gino Lettieri est parti depuis plusieurs saisons. Les résultats ont décliné, mais la responsabilité continue de retomber d’abord sur les entraîneurs, plutôt que sur la direction du club ou sur des méthodes de travail dépassées.
Une citation révélatrice de Vilma Venslovaitienė en 2025 suggérait que Lettieri « a simplement pris peur et est parti après avoir compris que l’effectif n’allait pas produire les résultats exigés. » Vrai ou non, cela reflète l’instabilité qui entoure le club.
Le leadership au sein de l’effectif est un autre élément manquant. L’absence de l’ancien capitaine Linas Klimavičius – une figure forte, autoritaire – se fait clairement sentir. Sa capacité à gérer les personnalités, surtout parmi les joueurs étrangers, manque à l’équipe actuelle.
L’actuel capitaine Vytautas Černiauskas ne possède pas le même profil de leader, tandis que des joueurs comme Ernestas Veliulis sont plus introvertis et pas naturellement vocaux. Résultat : une équipe dans laquelle l’autorité n’est pas clairement définie, et où la discipline interne en souffre.
Ces problèmes structurels plus profonds se sont reflétés sur le terrain lors du match contre Džiugas.
En première période, les visiteurs de Telšiai méritaient sans doute de mener. Panevėžys a eu du mal à contrôler la possession, restant souvent très bas et laissant l’adversaire dicter le tempo. L’organisation tactique ressemblait soit à un 4-3-2-1, soit à un 4-2-3-1, mais elle semblait peu travaillée et inefficace.
Les transitions de la défense vers l’attaque ont été particulièrement mauvaises. À environ 25 à 30 mètres de leur propre but, les joueurs de Panevėžys ont perdu le contrôle à répétition sous l’effet du pressing et du placement de Džiugas. L’attaquant Edvin Muratović recevait souvent le ballon sous pression, entouré de deux défenseurs, avec très peu de chances de créer quoi que ce soit.
Džiugas, de son côté, a évolué dans un système dynamique et flexible – passant peut-être du 3-4-3 au 3-5-2 – avec des pistons agressifs, très hauts, capables de contrôler de grandes zones du terrain.
Panevėžys a surtout tenu en première période grâce à son gardien Vytautas Černiauskas.
Autre aspect notable du match : la présence en tribunes du vétéran Virginijus Liubšys, un homme qui a passé environ 16 ans à “Ekranas” et a joué un rôle dans les débuts du développement du FK Panevėžys.
Le match a également mis en lumière des questions de sécurité. Le défenseur polonais Jakub Wawszczyk a plusieurs fois été gêné par des panneaux publicitaires placés trop près du terrain au moment de tirer les corners. Ce n’est pas un cas isolé – on a déjà vu cette saison des joueurs subir de graves blessures après avoir percuté ce type de structures. Un exemple : le joueur de Džiugas Aleksa, écarté longtemps des terrains après avoir heurté des panneaux publicitaires métalliques à Kaunas.
En seconde période, Panevėžys a montré davantage d’initiative, jouant plus haut et tentant d’imposer un style plus chaotique, plus ouvert. Le match s’est étiré, ce qui convenait mieux aux locaux. Mais le moment décisif est venu sur penalty – une décision juste qui a finalement offert une victoire méritée à Džiugas.
L’arbitrage de Mindaugas Jackus a lui aussi été remarqué positivement, laissant jouer dans les duels tout en gardant le contrôle et en intervenant quand c’était nécessaire.
Džiugas continue de grandir sous Andrius Lipskis. Son expérience comme directeur technique, son passage en Belgique dans le cadre du projet Anderlecht, ainsi que son travail aux côtés de João Prates ont visiblement façonné une équipe bien structurée. Son système est discipliné, les rôles sont clairement définis et les performances régulières.
Des joueurs comme Ibrahim Cissé, auteur du penalty de la victoire avec beaucoup de sang-froid, ainsi que les défenseurs Josh Okpolokpo et Bacary Sané, forment une unité défensive physiquement dominante qui permet aux latéraux d’attaquer avec agressivité.
Le jeune milieu Nikita Pavlovskis est un autre talent qui se démarque, avec le potentiel pour atteindre le niveau de la sélection nationale si sa progression se poursuit.
Si Džiugas parvient à conserver son effectif et à éviter les blessures, le club est capable de signer l’une des saisons les plus réussies de son histoire.
Panevėžys, à l’inverse, semble perdu – une équipe sans cohésion, une structure sans clarté, un club sans direction.
La responsabilité revient désormais à Toni Korkeakunnas de reconstruire non seulement l’aspect tactique, mais aussi l’identité de l’équipe. Reste à savoir s’il en a les outils – ou le temps – et c’est la plus grande question encore sans réponse.
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