Encore une réinitialisation, mais indispensable à Riteriai : cette fois, la greffe va-t-elle enfin prendre ?

par Jānis Vītols

Nouvelle année, et une fois de plus Riteriai fait la une. Cette fois, l’attention vient de la vente partielle du club à l’organisation néerlandaise de développement du football 4ThePlayers Academy, officialisée aujourd’hui après avoir été, depuis un moment, un secret de Polichinelle dans le milieu. Sur le papier, l’opération se tient — peut-être même était-elle nécessaire. Mais pour quiconque a suivi Riteriai de près ces dernières années, l’optimisme est forcément tempéré par la prudence.

Riteriai n’en est pas à son coup d’essai en matière de réinvention. À vrai dire, la transition permanente est devenue l’un des traits marquants de l’histoire récente du club. Changements d’actionnariat, stratégies mouvantes, incertitudes financières, instabilité interne : tout cela a régulièrement éclipsé ce qui se passe sur le terrain. Chaque nouveau projet est arrivé avec ses promesses de cadre et de progrès, avant de se heurter aux réalités de la gestion d’un club de première division en Lituanie.

Ce sentiment de déjà-vu est inévitable quand on se replonge dans la saison passée. Quelques jours seulement après le début de la campagne d’A Lyga, Riteriai avait officiellement annoncé la reprise du club par Red Card Global, basé à Singapour. Le timing avait suscité un véritable enthousiasme. Riteriai venait de remonter dans l’élite, et les premiers résultats laissaient penser que quelque chose de spécial pouvait se construire. Les six premières journées avaient produit deux victoires, deux nuls et deux défaites. Plus impressionnants encore : les deux nuls face aux poids lourds du championnat, FK Žalgiris et Kauno Žalgiris, des résultats qui laissaient entrevoir une équipe capable d’être compétitive au-delà des attentes.

Puis, presque immédiatement, les problèmes ont commencé à remonter à la surface. Quelque part entre la 5e et la 6e journée, des fissures sont apparues en coulisses. Les financements promis ne seraient pas arrivés dans les délais, les désaccords internes sont devenus de plus en plus visibles, et la confiance au sein du club s’est érodée. Ce qui ressemblait à un élan s’est vite transformé en instabilité et, au printemps 2025, le projet Red Card Global s’était de fait effondré.

Le retrait de Red Card Global a plongé Riteriai dans une crise existentielle. Salaires impayés, dettes qui s’accumulent, menace d’insolvabilité : le débat autour du club n’a plus tourné qu’autour de ça. La situation s’est dégradée au point de pousser la Fédération lituanienne de football à intervenir avec une aide d’urgence de 50 000 € afin de maintenir l’activité. Même cette intervention s’accompagnait d’un avertissement clair : il n’y aurait pas d’autres sauvetages. Riteriai était livré à lui-même.

Les conséquences ont été immédiates et lourdes. Des joueurs ont commencé à partir en cours de saison, des contrats ont été rompus, et l’effectif s’est retrouvé délesté d’expérience et de profondeur. Les conditions d’entraînement se sont détériorées, le moral a chuté, et par moments, on avait l’impression que l’objectif réaliste était la survie — pas la compétition. Terminer la saison en soi est devenu un défi. Quand novembre est arrivé et que le classement final est tombé, Riteriai a terminé neuvième d’A Lyga. En temps normal, ce serait un bilan décevant. Au regard d’un quasi-dépôt de bilan, c’était tout sauf anodin.

C’est sur ce fond de survie précaire qu’il faut juger le nouveau partenariat avec 4ThePlayers Academy. Contrairement aux investisseurs précédents, l’académie ne se présente pas d’abord comme une entité commerciale à la recherche de retours rapides. Son discours met l’accent sur le développement : des passerelles intégrées des jeunes vers l’équipe première, des investissements dans l’encadrement et la structure, et une gestion durable du club. Point important : une continuité a été préservée. Le fondateur du club, Jan Nevoina, reste impliqué, le nom du club ne change pas, et l’identité que Riteriai a construite au fil des ans n’a pas été effacée.

Les signes de cette nouvelle direction se voient déjà. L’un des clients de 4ThePlayers Academy a déjà rejoint Riteriai : le milieu de terrain de 18 ans Slevin Krom a signé un contrat avec le club. En outre, plusieurs autres joueurs liés à l’académie s’entraînent actuellement avec l’équipe, en tentant de faire leurs preuves pour décrocher un contrat professionnel. Ce qui pose naturellement une question d’identité. Riteriai est largement considéré comme disposant de l’un des meilleurs centres de formation de Lituanie. Un afflux accru de prospects étrangers risque-t-il de diluer cette tradition ?

C’est une inquiétude légitime, mais qui mérite d’être replacée dans son contexte. L’alternative à la coopération extérieure n’est pas un parcours plus « pur » pour les jeunes lituaniens ; c’est souvent l’absence de parcours, tout court. Un club en faillite n’offre rien aux talents locaux. Une équipe stable en A Lyga — même si elle mêle jeunes nationaux et internationaux — reste une plateforme essentielle de développement. Si c’est bien géré, la concurrence venue d’ailleurs peut tirer le niveau vers le haut plutôt que réduire les opportunités, en poussant les prospects lituaniens à progresser dans un environnement professionnel au lieu de regarder depuis le banc.

Reste que le scepticisme est inévitable. Les supporters de Riteriai ont déjà entendu parler de visions à long terme. Ils ont vu des projets s’effondrer non parce que les idées étaient mauvaises, mais parce que l’exécution n’a pas tenu sous la pression. Le vrai test de cette nouvelle ère ne sera pas l’annonce en elle-même, mais ce qui suivra quand les résultats tarderont, que les finances seront serrées ou que les attentes se heurteront. La stabilité comptera plus que l’ambition. Payer les salaires à l’heure comptera plus que l’image. Garder entraîneurs, joueurs et salariés alignés comptera plus que n’importe quel schéma théorique de développement.

À bien des égards, le plus grand signe de réussite de ce nouveau chapitre serait quelque chose qui manque à Riteriai depuis des années : la normalité. Une saison sans réunions de crise, sans disputes publiques ni peur existentielle représenterait un vrai progrès. C’est seulement à partir de là que les ambitions sportives pourront grandir naturellement.

Riteriai a déjà prouvé sa résilience. Le club a survécu à une année qui aurait pu facilement le faire disparaître. Le défi est désormais différent, et plus difficile : construire quelque chose qui dure plutôt que simplement éviter l’effondrement. Le partenariat avec 4ThePlayers Academy offre une vraie chance de briser le cycle, mais ce n’est que cela : une chance. Si ça marche cette fois, ce ne sera pas une affaire de promesses, mais de rigueur, de patience et de capacité à apprendre d’un passé qui reste tout proche.

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